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Portraits

Fabrice BASSEMON – Directeur du festival Travelling association Clair obscur – Rennes

Près de 40 000 spectateurs, plus de 200 films – courts et longs métrages, quelque 300 professionnels invités, 40 lieux partenaires à Rennes et en Bretagne, des créations, des ciné-concerts, des ateliers et rencontres… Égrainer les chiffres de ce festival révèle sa portée. Dans les myriades de propositions culturelles rennaises, Travelling se démarque par une certaine discrétion. Ce sont les salles obscures de projection qui y jouent les premiers rôles, pas un tapis rouge ou une star en robe de soie. On ne mesure pas ici l’affluence aux hectolitres de bière ou de champagne, mais aux émotions que sucite un film. Ainsi, le temps d’une semaine, Rennes fête le 7 e art et lui seul, avec l’association Clair Obscur. Et cela depuis plus de 30 ans.

7e Art… vraiment ? Pour Fabrice Bassemon le directeur du festival depuis 2015, « le cinéma c’est un art total. C’est une véritable synthèse des autres arts, et c’est également un modèle de l’art à venir, que l’on parle d’art contemporain ou de jeux vidéo ». Et c’est aussi pour cela que le directeur parle de Travelling comme un rendez-vous transverse. On y voit aussi des masterclass, conférences, installations, expositions, concerts, performances, un parti pris particulièrement facilité par la ville-cinéma mise à l’honneur de cette 31 e édition : Beyrouth. « Les cinéastes libanais sont des touche-à-tout. Ils ont une facilité à circuler dans les autres arts, ils ne compartimentent pas comme en France ». Ainsi au-delà des 40 films diffusés dans le cadre de « Travelling-Beyrouth », des installations et des expositions photos resteront visibles jusqu’au 1 er mars * . Le cinéma libanais est fait de films généreux, touchants, énergiques, mélancoliques, caustiques. « Des films évidemment marqués par l’histoire de ce pays. Cela montre la résilience de l’art, et du peuple libanais. Cette faculté à renaître, à l’image de la ville de Beyrouth d’ailleurs. Cela reste un cinéma très politique : dans un pays comptant 18 communautés religieuses l’art est un terrain de revendication, et le cinéma un terrain d’expression populaire ».

*Musée des beaux-arts de Rennes jusqu’au 1 er mars. Au Carré d’Art à Chartres de Bretagne, et à la Maison des Associations à Rennes jusqu’au 29 février.

La production libanaise :

« Des films évidemment marqués par l’histoire de ce pays. Cela montre la résilience de l’art, et du peuple libanais. Cette faculté à renaître, à l’image de la ville de Beyrouth »

Diffusion, éducation, création, production

L’association Clair Obscur, qui porte le festival de cinéma, a cette mission d’éducation à l’image sur le territoire. Au-delà du festival Travelling, elle monte des ateliers de critique, d’analyse d’images, de vidéos, des rencontres avec des professionnels, des spécialistes. L’association est une tête de proue de dispositifs nationaux en région, tel que « Lycéens et Apprentis au Cinéma » avec les ministères de la Culture et de l’Enseignement, le Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC). Près de 15 000 lycéens d’une centaine d’établissements en Bretagne en ont bénéficié l’an passé. « Nous accompagnons également 3 à 4 créations ciné-concert chaque année, nous sommes co-producteurs. Travelling est aussi un temps de valorisation du travail de production de film à l’Ouest ». Avec cette année en plus un focus sur les 25 ans de productions de la société JPL Films.

« Nous avons également une programmation junior, tout au long de l’année et une programmation spécifique en compétition lors de Travelling où viennent notamment près de 3 000 scolaires ».

L’association Clair Obscur c’est sept personnes à l’année et un budget d’environ 850 000 €. Elle est soutenue par la Ville et la Métropole, le Département et la Région.

« Tous les ans, nous reconstruisons un nouveau festival, chaque année une nouvelle ville. C’est compliqué et en même temps une force. Après 30 ans, c’est un tel réseau de professionnels du monde entier ! »

12 avant-premières ou inédits

« Notre mission première est l’éducation à l’image – que ce soit lors de ce rendez-vous phare Travelling comme toute l’année avec l’association Clair Obscur. Nous sommes indépendant du marché du cinéma néanmoins, il faut garder un lien avec l’actualité, avec les cinéastes et acteurs d’aujourd’hui, c’est pourquoi nous avons aussi une programmation de films en avant-premières, des inédits, des exclus ».

Travelling propose aussi une sélection de la programmation de l’ACID au festival de Cannes. Cette association de cinéastes se positionne depuis 25 ans en regard du marché cinématographique, où les 10 premiers films occupent chaque semaine 93 % des écrans. L’objectif étant de soutenir, d’accompagner, de mettre en avant la création cinématographique contemporaine et les talents émergents.

Portrait

Fabrice Bassemon, 46 ans, est originaire de Dunkerque. Il étudie l’histoire à Lille, passe par Science Po à Toulouse puis le master de l’IEP de Grenoble en direction des projets culturels. Il retourne à Dunkerque et à ses premiers émois du cinéma au Studio 43, devenant alors le responsable de cette salle mythique de cinéma art et essai de 1999 à 2002. « C’est une longue histoire personnelle avec ce cinéma, j’y avais été bénévole pendant une dizaine d’années ».

« Je suis ensuite recruté au Centre images, l’atelier de production pour le cinéma et l’audiovisuel de la région Centre Val de Loire ». Il y passe 7 années, devenant également délégué général du festival du film de Vendôme. En 2009 direction Bourgen-Bresse en Rhônes-Alpes, Fabrice Bassemon responsable du service culturel de la ville, « avec la volonté des élus, nous avons créé un équipement culturel, le H2M. Un centre d’art dans l’ancien Hôtel Marron de Meillonnas, hôtel particulier du fondateur des faïences de Meillonnas ». En 2014 il arrive en Bretagne, directeur de l’association Clair Obscur portant le festival Travelling. « L’éducation est au cœur du projet. Il y a aussi les mutations numériques avec les nouvelles pratiques autour des écrans, les rencontres professionnelles, les ateliers de coproduction en lien avec le tissu régional et Films en Bretagne, nos actions sont nombreuses ».

Le mécénat ? « C’est important, même fondamental. C’est la voie de diversification des ressources pour nous, avec un État qui se désengage de la culture. C’est important de développer cet axe, cela reste souvent une histoire de rencontres et de personnes ».

Laora Maudieu

L'auteur Laora Maudieu

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